Nouveautés septembre 2007
Posted on octobre 31, 2007 - Filed Under infos CDs |
CHEIKHA RABIA : Liberti
CD 860156, Buda Musique, distribution France : Socadisc
Cheika Rabia perpétue un genre «habité», en voie de disparition dans sa terre d’origine, le trab (terre, terroir…) — ce raï des racines dont la verve poétique a été sauvegardée par la tradition orale. Elle l’illustre, à l’enseigne de cet album, par une voix pathétique et des complaintes narrant, sur fond de gasba (flûte de roseau) et de guellal (percussion longiline), des histoires d’amours contrariées, des rêves d’évasion pour échapper à la solitude et à la détresse morale et sexuelle, évoquant le destin, parfois tragique, de femmes trahies par leurs sentiments, avec parfois une lueur d’espoir ou une profonde nostalgie. Dans le cœur de Rabia et dans chansons brûle un feu qui ne s’éteindra jamais, celui de la passion pour un style à la fois hors mode et à la mode.
Cheika Rabia has been perpetuating a heartfelt musical genre endangered in its original land, the trab (land, country), this ‘raï of the roots’ whose poetical verve has been remembered orally. To a backdrop of gasba (reed flute) and guella (a long percussion), her moving voice sings laments about thwarted love, dreams of elsewhere as an escape from solitude, moral and sexual distress, and the sometimes tragic fate of women betrayed by their emotions. Besides love stories that end up badly, there is also deep nostalgia and, at times, a glimmer of hope. In Rabia’s heart and in her songs, there burns a fire that will never be smothered, that of her passion for a style both in and above fashion.
ETHIOPIQUES 22 : Alèmayèhu Eshèté
CD 860144, distribution France Socadisc
Alèmayèhu Eshèté est l’une des grandes voix de l’Ethiopie moderne haute époque — les Swinging Sixties qui, dans ce pays, se sont prolongées jusqu’à la chute de l’empereur Hailè-Sellassié Ier, en 1974. Au même titre que Tlahoun Gèssèssè, Bzunèsh Bèqèlè ou Mahmoud Ahmed, Alèmayèhu fait figure d’étoile de premier plan au sein de la constellation qui a illuminé les nuits chaudes de la capitale éthiopienne, Addis Abèba. Remarquable dans les rocks frénétiques comme dans les ballades déchirantes, ses fureurs américanophiles ont valu à Alèmayèhu le surnom mérité de James Brown ou d’Elvis éthiopien. Jeu de scène millésimé, glotte acrobatique et banane avantageuse, frimeur toujours chaloupant échappé d’American Graffiti ou de Saturday Night Fever, jeunesse inoxydable malgré la soixantaine, Alèmayèhu incarne toujours les mythologies explosives des années 1960.
Alèmayèhu Eshèté is one of the great voices of the heyday of modern Ethiopian music — the Swinging Sixties which, in Ethiopia, went on until the fall of the Emperor Haile Sellassie I in 1974. On a par with Tlahoun Gèssèssè, Bzunèsh Bèqèlè or Mahmoud Ahmed, Alèmayèhu is a star at the top of the constellation that once lit up the wild nights in the capital city Addis Ababa.The singer, as remarkable for his frenetic rock numbers as for his heart-rending ballads, has, by dint of rampant Americanism, earned himself nicknames as the Ethiopian James Brown or the Abyssinian Elvis. With his dazzling stage presence, nimble voicebox and wicked pompadour, he is a strutting show-off, straight out of American Graffiti or Saturday Night Fever. His youthfulness untarnished although he is well into his 60s, Alèmayèhu still represents the explosive myths of the 1960s.
ETHIOPIQUES 23 : Orchestra Ethiopia
CD 860152, distribution France Socadisc
L’histoire d’Orchestra Ethiopia (1963-1975) est singulière et passionnante à plus d’un titre : Alors que la musique moderne atteint des sommets d’excellence et de popularité, c’est à ce moment même que la musique traditionnelle, à travers l’improbable entreprise d’Orchestra Ethiopia, retrouve une légitimité que l’air du temps tendait à lui dénier. Entre coup d’État (décembre 1960) et révolution (1974), l’Éthiopie conjugue sans s’en rendre compte fin de règne et “âge d’or” de sa musique. Les grands orchestres de musique moderne, on le sait, étaient tous sans exception sous le contrôle de l’Empereur Haylè-Sellassié. Au contraire, l’initiative d’Orchestra Ethiopia revient à la clairvoyance et à l’enthousiasme d’étrangers momentanément installés en Éthiopie : tout d’abord le musicien, compositeur et musicologue égyptien Halim El-Dabh*, ensuite relayé par les Peace Corps Volunteers américains John Coe et Charles Sutton. Ce n’est qu’en 1966 que l’Orchestra trouvera son mentor définitif et éthiopien en la personne de Tesfaye Lemma. En se proposant de renouveler la mise en valeur du patrimoine traditionnel éthiopien, Orchestra Ethiopia marchait de fait sur les plates-bandes du Théâtre Haylè-Sellassié Ier et surtout de l’Agher Feqer Mahber – le Théâtre Patriotique. A n’en pas douter, cette concurrence était perçue comme dangereuse par les institutions officielles qui avaient en charge la défense et l’illustration de l’héritage traditionnel. Polémiques, vexations et attaques xénophobes n’ont d’ailleurs pas manqué d’accompagner l’irrésistible ascension de l’Orchestra. Ces consternantes attaques indiquent assez de quelles passions contradictoires ce groupe, indépendant malgré lui, était l’objet. Cela est d’autant plus attristant qu’Orchestra Ethiopia était autre chose et plus qu’un ensemble folklorique, contribuant notamment à un important travail de collectage, en particulier dans les provinces méridionales, si riches et si peu explorées musicalement jusque-là – parce que généralement méprisées.
Bien que Tesfaye Lemma ait publié de nombreux disques avec son ensemble, nous avons choisi de commencer cette redécouverte essentiellement avec des inédits (à cinq exceptions près : 3-11-16-18-22). Tous témoignent autant de l’ouverture d’esprit que de la créativité qui inspiraient les animateurs comme les artistes d’Orchestra Ethiopia. Il reste encore de nombreux documents à publier ou à republier. Ce que l’on appelle tradition n’est en rien un corpus figé de toute éternité. Ce n’est que le dernier état, le dernier reflet en date – de mémoire d’homme – d’une culture en mouvement qui n’a jamais cessé de faire évoluer ou d’engloutir de précédents états de cette culture. L’expérience Orchestra Ethiopia et ses aléas illustrent parfaitement ce mouvement.
Francis Falceto - LIVRET 32 PAGES + TEXTE BONUS EN PDF
The story of Orchestra Ethiopia (1963-1975) is unusual and compelling in more ways than one. Just as modern music was reaching the peak of its excellence and popularity, at the very same moment, via Orchestra Ethiopia’s unlikely undertaking, traditional music acquired a legitimacy that the times had tended to deprive it of. Between the coup d’état (Dec 1960) and the revolution (1974), Ethiopia was combining, unbeknownst to all, both the end of an empire and the «golden age» of its music. Orchestra Ethiopia’s initiative can be chalked up to the far-sightedness and the enthusiasm of foreigners who were only staying in Ethiopia temporarily: first of all Egyptian musician, composer and musicologist Halim El-Dabh, followed by American Peace Corps volunteers John Coe and Charles Sutton. It was only in 1966 that the Orchestra found its definitive Ethiopian mentor in Tesfaye Lemma. Orchestra Ethiopia was far more than just a folk music ensemble: it made an important contribution to the task of collection, especially in the southern provinces, so rich yet so little explored musically up to that point —because looked down upon in general. Although Tesfaye Lemma released several records with this group, we have chosen to begin this rediscovery mainly via previously unreleased works (just five exceptions : 3-11-16-18-22). All display the open-mindedness and creativity that inspired Orchestra Ethiopia’s organizers and musicians alike. Many of their works are awaiting publication or reissue. What we refer to as tradition is in no way set in stone. It is nothing but the most recent embodiment, the latest flash — in the memory of mankind — of a culture in movement, which has never stopped evolving and swallowing up the previous states of this same culture. Orchestra Ethiopia’s experience and hardships perfectly illustrate this constant flux.
32 page CD booklet + .pdf document on the CD.
PHILIPPINES : Femmes Artistes du Lac Sebu
CD 3017557, Collection Musique du Monde, distribution France Universal
Sur les rives du lac Sebu, au sud des Philippines, les femmes du collectif Lemhadong donnent corps à un imaginaire chuchoté par les arbres, les oiseaux, les insectes, les fées forestières…C’est ainsi que luths, gongs, flûtes, guimbardes, grenouilles, ruisseaux, chevaux et autres grillons mêlent leurs voix dans ce portrait musical d’un monde en voie de disparition.
Les femmes du Lemhadong sont à l’interface entre deux mondes. Les plus âgées d’entre elles ont longuement vécu dans une petite société entretenant une relation intime avec la nature et ses esprits-gardiens, ayant une conscience vague des civilisations voisines et lointaines. Le vaste monde a toutefois fini par entrer de force dans ce microcosme, et le défi que cela représente pour ses habitants n’est pas simple à relever. Héritières des forestiers esthètes d’autrefois, elles tentent d’ancrer leur poésie sonore dans ce Nouveau Monde qui est en train d’effacer l’Ancien. En plus d’être musiciennes (souvent poly-instrumentistes), les femmes de Lemhadong maîtrisent divers savoir-faire artisanaux, ce qui fait de leur collectif un vivier de talents créatifs : elles savent jouer le luth hegelung, la cithare en bambou sludoy, les ensembles de gongs smaggi, la guimbarde kumbing et le métallophone klintang. Elles savent également forger le bronze selon l’une des plus anciennes techniques du monde, elles savent confectionner le tissu tnalak aux fascinants motifs géométriques, ainsi que des vêtements finement brodés et toutes sortes de colliers, de bracelets et autres ornements à base de perles, de bambou et de graines… Elles sont dépositaires d’un inestimable trésor culturel, témoignage délicat de l’imaginaire subtil d’un monde sur le point de disparaître, mais aussi de l’étonnante modernité de son esthétique. Les femmes Artistes du Lac Sebu perpétuent et renouvellent un répertoire nourri de l’écoute attentive de l’eau, des insectes, des oiseaux, de l’observation minutieuse des humains et de leurs attitudes, et des mélodies soufflées en rêve par les esprits-gardiens de la nature, muses forestières.
On the shores of Lake Sebu, in the southern Philippines, the women of the Lemhadong collective give shape to a world whispered by the trees, the birds, the insects, the forest fairies… Hence, lutes, gongs, flutes, jaw harps, frogs, streams, horses and other crickets combine their voices in this musical portrait of a disappearing world.
The women in the Lemhadong collective are at the interface of two worlds. The elders have spent years in a society that has kept an intimate relationship with nature and its guardian spirits, with only a vague conscience of other close and distant civilisations. Yet the vast world has now forcefully entered this microcosm, and the challenge this represents for its inhabitants is not an easy one to face. These musicians try to anchor their sound poetry in this new world which is wiping out their old one. The Lemhadong women are not only musicians (poly-instrumentalists), they are also skilled at various crafts. Besides playing the hegelung lute, the sludoy bamboo zither, the gong ensembles and other instruments, they can forge bronze following one of the oldest techniques in the world; they weave a fabric with fascinating geometric motifs, called tnalak; they make finely embroidered clothes and all kinds of necklaces, bracelets and other ornaments from pearls, bamboo and grains, etc. Guardians of a priceless cultural treasure, they delicately display the subtle imagination of a world about to disappear, as well as the astonishing modernity of its æsthetics. They perpetuate, and keep on renewing their repertoire. To nurture it, they lend an attentive ear to the sounds of water, insects and birds, they observe human behaviour in minute details, and they recall the melodies that the guardian spirits of nature whisper in their dreams.
USTAD H. SAYEEDUDDIN DAGAR (INDE) : Chant Dhrupad à Vezelay
CD 3017623, Collection Musique du Monde, distribution France Universal
Les origines du chant dhrupad sont indissolublement historiques et mythiques. Historiques, parce la naissance du genre se laisse dater et localiser avec précision : le dhrupad est un genre poétique et musical régional qui prend son essor à la cour du roi Man Singh Tomar de Gwalior (1486-1516). Aujourd’hui encore, le dhrupad reste, par son prestige inégalé, le style musical de référence de la musique d’Inde du nord. Mythiques aussi, parce que le dhrupad est le genre le plus ancien de la musique hindoustanie – et d’ancien à immémorial, il n’y a qu’un pas que la pensée indienne franchit avec facilité. Le dhrupad serait ainsi contemporain des Védas, codes religieux et sociaux qui remontent au 15ème siècle avant Jésus-Christ.
Le chant est pour Ustad H. Sayeeduddin Dagar un acte de foi – peu importe, à cet égard, que les divinités louées dans les poèmes du dhrupad, appartiennent au panthéon hindouiste alors que les Dagar sont musulmans, puisque « Dieu est un ».
Le mythe dit aussi le caractère immémorial de ce chant qui ne se transmet qu’oralement, de génération en génération, de père en fils, aussi loin que la mémoire peut remonter. Sayeeduddin Dagar représente ainsi la prestigieuse 19e génération de la famille Dagar. Ce disque a été enregistré à l’occasion d’un concert qui s’est déroulé le 31 juillet 2005 dans le narthex de la basilique de Vézelay. Sayeeduddin Dagar est accompagné par le maître du tambour pakhavaj, Mohan Shyam Sharma. Les trois premiers rags sont interprétés selon une configuration classique, le chanteur face à l’auditoire. Mais peu avant le finale, alors que portes du narthex se sont ouvertes, Sayeeduddin Dagar se retourne vers le chœur et l’autel. Il chante alors dos au public, et pourtant uni à lui dans un moment de communion musicale intense et émouvante qui retrouve, le temps d’un concert, la configuration originelle et sacrée du chant dhrupad. Interrogé au terme du concert sur le nom du rag qu’il venait d’interpréter, Sayeeduddin Dagar a fait une réponse étonnante, qui témoigne de cette excursion hors du temps et de l’espace : « Je ne sais pas…»
The origins of dhrupad are to be found in both history and myth. Historically, dhrupad is a poetic and musical genre that came about in the 15th century at the court of King Man Singh Tomar of Gwalior (1486-1516). Because of its unequal prestige, dhrupad has remained, up to this day, the reference of Northern Indian music styles. Its origins are also mythical in that it is the oldest genre of Hindustani music —and old easily turns into immemorial in the Indian thought. Dhrupad is therefore said be contemporary with the Vedas, the religious and social codes dating back to the 15th century B.C. For Ustad H. Sayeeduddin Dagar singing is an act of faith. What does it matter if the divinities praised in dhrupad poems belong to the Hindu pantheon whereas the Dagar are Muslims? «God is One» Ustad H. Sayeeduddin Dagar often repeats. The myth also expresses the immemorial character of that song that has been passed on orally from one generation to the next, from father to son, as far as memory can go back. Sayeeduddin Dagar (born 1939), belongs to the 19th generation of the Dagar family’s. This CD was recorded during a concert given in the narthex of Vezelay basilica on July 31, 2005. Sayeeduddin Dagar interprets four râgs: Bhopâlî, Chandre Kauns, Gunkalî, and, as a finale, Jogiâ. The first three râgs were performed in a classical configuration, the singer facing the audience. Before the finale, while the doors of the narthex were opened, Sayeeduddin Dagar turned towards the altar and choir. He sang Jogiâ in the original, sacred configuration of dhrupad, with his back to the audience yet united with them in a moment of moving, intense musical communion.
LIAT COHEN : Variations ladino
CD 860155 Collection «Patrimoines musicaux des Juifs de France», distribution France : Socadisc
Ce 6è volume de la collection Patrimoines musicaux des Juifs de France s’inscrit dans la continuité du travail réalisé par la Fondation du judaïsme français sur la musique séfarade, une composante importante du patrimoine musical juif français d’aujourd’hui. Au XXIe siècle, rares sont les créations de musiques revendiquant une filiation judéo-espagnole. Ceci est d’autant plus regrettable que le monde judéo-espagnol a subi au cours de la Seconde Guerre mondiale une destruction qui a anéanti bon nombre de ses pratiques traditionnelles, et notamment ses répertoires de coplas, romances et cantigas essentiellement transmis par l’oralité. C’est pourquoi la Fondation du judaïsme français, fidèle à sa vocation culturelle et à son idéal d’un judaïsme ouvert sur la modernité, a décidé de commander à huit compositeurs / interprètes, venus d’horizon géographiques et spirituels divers, la création d’un nouveau répertoire judéo-espagnol pour une ou plusieurs guitares avec parfois accompagnement de voix. De l’arrangement des chants traditionnels des Parvarim à la Suite Séfarade de Jorge Cardoso pour deux guitares, de la douce rêverie des mélodies de Narcis Bonet à la complexité des pièces de Gil Shohat, ce CD, porté par la virtuose Liat Cohen, nous entraîne dans un voyage musical qui s’éloigne peu à peu du modèle judéo-espagnol original pour aller vers une vision plus esthétisante. Le résultat sonore se savoure comme un parcours initiatique où le plaisir est avant tout présent.
This 6th volume of the collection Musical Heritage of the Jews of France falls within the continuity of the work carried out by the Foundation of French Judaism (FJF) on Sephardic music, an important component of the French Jewish musical heritage today. In the 21st century, rare are musical compositions laying claim to a Judeo-Spanish filiation. This is all the more regrettable when one considers that during the Second World War, the Judeo-Spanish world suffered destruction that eradicated a good part of its traditional practices, notably its repertoires of coplas, romances and cantigas transmitted orally. This is why the Foundation, faithful to its cultural vocation and its ideal of Judaism open to the modernity, has commissioned eight composers/interpreters from various backgrounds to create a new Judeo-Spanish repertoire for the guitar. From the arrangement of traditional Parvaim songs to complexity of pieces by Gil Shohat, this CD, performed by the virtuoso Liat Cohen, embarks us on a musical journey that slowly removes us from the original Jewish-Spanish model and carries us towards a more aestheticizing vision. The acoustic result is savoured as an initiatory journey in which pleasure is paramount.
Comments
Leave a Reply