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Bumcello


A la fin des années 90, deux amis musiciens, le batteur-percussionniste Cyril Atef et le violoncelliste Vincent Ségal, fréquentent le Cithéa, un bar-concerts de la rue Oberkampf devenu le QG d’une nouvelle bande de musiciens. Sur la petite scène, Matthieu Boogaerts ou Matthieu « M » Chedid font leurs débuts. Après les concerts, le public danse au son des DJ. Parce qu’eux aussi aiment faire danser les gens, Cyril et Vincent proposent au patron de jouer aux DJ. Mais sans disques ni platines, uniquement avec leurs instruments, et en improvisant la musique en fonction de la réaction du public.

Et comme la réaction du public est globalement très bonne, Cyril et Vincent deviennent Bumcello.
Vingt ans que ça dure. Vingt ans qu’ils ont pris l’habitude (et c’est même un devoir) de ne jamais faire pareil, de ne rien faire comme les autres. Car ce duo est improbable : l’un, Vincent Ségal, ressemble à un violoncelliste, c’est-à-dire à un musicien sérieux ; l’autre, Cyril Atef, a l’air d’un troubadour débarqué d’un futur circassien. Et c’est peut-être parce qu’ils ne se ressemblent pas qu’ils se complètent et s’assemblent si bien. Leur musique elle-même ne se ressemble pas. Bumcello compose des morceaux qu’ils enregistrent sur des albums
(Monster Talk est le huitième et le nouveau, on y arrive), mais ils ont décidé dès le premier jour d’improviser sur scène, de ne jamais jouer leurs albums – c’est arrivé une seule fois, il y a dix ans, pour le spectacle
« Bumcello joue Bumcello ».

S’il y a une patte Bumcello, c’est une patte qui laisse traîner ses oreilles et met son nez partout. Cyril et Vincent sont des enfants des années 90, quand Paris était encore la capitale de la sono mondiale. Avec la musique, ils ont beaucoup voyagé, en vrai et dans leurs têtes. Un groupe nourri de musiques et d’expériences de partout, mais qui toujours les digère et les rejoue avec ses tripes. Ils ont l’énergie et la liberté des improvisateurs, mais hors du cercle du jazz. Ils sont virtuoses de leurs instruments et connaissent les musiques savantes, mais aiment les musiques populaires, les musiques de danse, quand le groupe de musette se met à jouer du rock ou de la musique contemporaine. Ils ont des influences et des attaches, mais pas de limites ni de contraintes. Sinon l’agenda de Vincent Ségal, sans doute le violoncelliste le plus occupé de France…

Depuis quelques années, Bumcello semblait en sommeil – pas de nouvel album depuis Al en 2012, un ou deux concerts par an seulement. Mais quand Astérios (leur tourneur historique depuis les années Cithéa) leur a proposé d’enregistrer un album pour le label Buda, Bumcello s’est réveillé. En pleine forme. En février 2018, Paris grelotte sous la neige. En cinq jours au studio Pigalle, Bumcello enregistre un album qui d’emblée fait remonter la température. La réalisation (et les claviers additionnels) sont confiés à Vincent Taurelle, du collectif A.L.B.E.R.T. Décrire Monster Talk est aussi illusoire que raconter un rêve agité. On y entend les trompes rara d’Haïti et les dissonances de Ligeti, des rythmes gnaouas avec des youyous de violoncelle, un ragamuffin be bop, Marlène Dietrich en Amérique du Sud, une basse punk-funk, du rebetiko western, de la go-go music et du hip-hop à steel-drums… Le tout mélangé dans la centrifugeuse Bumcello et généreusement servi. Parce que Cyril et Vincent aiment les chapeaux (surtout Cyril), on a envie de leur dire : chapeau ! Monster Talk sonne comme un best-of de Bumcello, et s’entend comme une réaction énergique et salutaire à l’atmosphère de l’époque : l’Europe délétère, Trump, l’ogre numérique qui dévore nos intimités. Impatient de repartir en tournée pour de vrai, Bumcello fera danser le public comme il y a 20 ans, comme au début, comme d’habitude, jamais pareil.

- Texte : Stephane Deschamps